Cine-club - "Amacord"
« BEMO virtual art club » (Bvac) a organisé dans le cadre du ciné-club, une séance de discussion à distance autour du film « Amarcord» réalisé par Federico Fellini en Italie en 1973.
Un an de la vie de Titta, jeune adolescent dans l’Italie Mussolinienne des années 30.
Amarcord (dialectal d’io mi ricordo ou je me souviens) est au cinéma ce que la Recherche du temps perdu est à la littérature, c'est-à-dire une œuvre définitive, tant par le fond que par la forme, sur la relation profonde entre le travail de mémoire et l’entreprise artistique. En revanche, si l’approche proustienne procède par une profonde introspection itérative et digressive qui sied à merveille au travail littéraire, Fellini, dans son incroyable maîtrise de la chose cinématographique, compose une symphonie impressionniste joyeuse, même dans ses moments les plus tristes (comme la mort de la mère), où le travail de mémoire déforme avec jubilation la réalité (ici, tout est exagéré et comme passé au tamis de la mémoire affective : les seins hénormes de la buraliste, le personnage de Gradisca, allégorie du fantasme sexuel adolescent, le minuscule et ridicule officier fasciste, le prince arabe, son harem et le foisonnement de clichés qu’il charrie, l’oncle que l’abstinence sexuelle a rendu fou et qui hurle son besoin de baiser du haut de son arbre, le cureton-confesseur pervers qui ne pense qu’à la branlette de ses jeunes ouailles, etc.). Et tout cela débouche sur un film total puisant sa force à la source même du cinéma, qui est l’illusionnisme, la fête foraine et le cirque, et que souligne la formidable musique de Nino Rota.
Comme toutes les œuvres majeures, Amarcord a initié un nouveau genre cinématographique, souvent imité et jamais égalé, où, à force de justesse dans ses excès même, la mémoire affective est devenue collective, tant dans l’espace que dans le temps.
Pour terminer, relisons ce que Marcel Proust dit, dans Contre Sainte-Beuve, sur la relation entre la mémoire et le talent et qui s’applique merveilleusement à l’œuvre du grand Federico :
"Les belles choses que nous écrirons si nous avons du talent sont en nous, indistinctes, comme le souvenir d’un air, qui nous charme sans que nous puissions en retrouver le contour, le fredonner, ni même en donner un dessin quantitatif, dire s’il y a des pauses, des suites de notes rapides. Ceux qui sont hantés de ce souvenir confus des vérités qu’ils n’ont jamais connues sont les hommes qui sont doués. Mais s’ils se contentent de dire qu’ils entendent un air délicieux, ils n’indiquent rien aux autres, ils n’ont pas de talent. Le talent est comme une sorte de mémoire qui leur permettra de finir par rapprocher d’eux cette musique confuse, de l’entendre clairement, de la noter, de la reproduire, de la chanter."



